
Après la tornade de la rentrée, me revoici.
Toujours en quatrième secondaire, je sens devoir m'adapter davantage à mes groupes cette année. J'ai été très choyée durant les trois dernières années puisque plusieurs élèves ont été dans mes classes en deuxième, troisième et quatrième secondaire. Ainsi, je connaissais plusieurs d'entre eux dès le début d'année, ce qui facilitait grandement la tâche. Chaque groupe s'organisait autour des
vieux de la vieille qui devinaient ma routine, ma façon de fonctionner, ma personnalité, mes limites et tout et tout.
Cette année, c'est très différent. Je ne connais presque personne dans chaque groupe. Un doubleur égaré ici ou là, c'est à peu près ça. Le frère ou la soeur de lui ou d'elle, le fils de tel prof etc. À part ça, que de belles nouvelles binettes à connaître.
Ambiance de mort enveloppée dans une catalogne..... Le silence........ Les faces figées dans le bloc de ciment........
Et la folle raide qui se démène pour dégeler la galerie........
Ils sont beaux, ils sont gentils, ils sont appliqués, ils sont souriants.... Mais,,,,,,,,,s.i.l.e.n.c.i.e.u.x.......
Ça va passer......
Les déstabiliser, les surprendre, les étonner.... C'est ce que je fais depuis mardi et c'est vachement chouette.
Mais là, dans ce groupe, il y a ce très grand doubleur blondinet aux gros bras, arrivant chaque jour avec un t-shirt noir sur lequel une phrase choc vise certainement à scandaliser les figures d'autorité déambulant dans ce lieu du savoir... J'en suis et dès le premier cours, j'ai fixé de mon arme fatale le principal concerné de mes billes vertes pour qu'il fige sur place... Son attitude suffisante a légèrement vacillé lorsque mon immobilité et mon regard directement fixé sur le sien a accompagné les paroles suivantes:
-
Je n'accepte pas ce genre de slogan en classe. Il est associé aux hommes phallocrates et misogynes.Grand-Blond-musclé-aux-yeux-d'un-bleu-azur déstabilisé a démontré alors par son profond regard, une grave faiblesse au niveau du vocabulaire... Un gigantesque point d'interrogation a remplacé son attitude hautaine et assurée. La Souimi, de rajouter:
-
Tu peux chercher dans le dictionnaire le sens de ces mots, ça te fera le plus grand bien. Je ne tolère aucun sexisme, racisme, marque de violence ou de domination dans ma salle de classe. Donc, les chandails du macho sont refusés. Grand Blond, soulagé, de répondre avec un rictus embarrassé:
-
Ahhhhh!! Là, j'comprends! C'est le mot que je voulais entendre: macho. En se redressant sur sa chaise, il croyait retrouver son assurance.
La Souimi a alors fixé le prétendu macho. Pendant un très,,,,,,,,,,,très,,,,,,,,,long moment...........................
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Emmurés dans le silence, soudés à leur chaise, les pauvres pairs de Grand Blond se demandaient bien comment réagirait ce grand colosse connaissant les airs du deuxième étage puisqu'il était en quatrième l'année dernière................ On ne défie pas Grand Blond....
Mais La Souimi a déstabilisé Grand Blond... Il a baissé les yeux... C'est tout. Il est devenu tout petit...
Non, pas de remarque à l'agenda, pas d'expulsion. Qu'un regard. C'est suffisant.... Car mon regard est entier, il projette mon dégoût envers le slogan de son chandail. Mon regard crache sur le chandail. Pas sur Grand Blond. Non. Il sera bien, le Grand Blond. Il semble sensible. Mais Grand Blond a besoin d'être valorisé d'une manière spéciale car il est doubleur. Il sent qu'il n'a pas besoin de ce chandail. Oui, il le sent. Non, ce slogan ne passe pas. Il le sent. Il ne bouge pas. Il baisse les yeux. La Souimi le fixe...................
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Oh! Sur son chandail noir, il y avait ce slogan écrit textuellement en énormes lettres blanches:
"J'aime piner ma chick".............................................................................................................................
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C'était mardi dernier...........................Premier cours de l'année...........................................
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Aujourd'hui, je rencontrais le groupe de Grand Blond à la période suivant le lunch. Grand Blond est entré dans ma classe trois secondes avant le son de la deuxième cloche donc, à la limite permise pour ne pas se retrouver avec un retard non motivé. Il portait toujours un t-shirt noir mais avec une banalité innocente inscrite dessus. En franchissant la porte et en passant devant mon bureau pour aller à sa place assignée qui est dans le fond à cause de sa grandeur, il m'a garoché un magnifique gros ourson d'une blancheur impeccable, portant des lunettes rondes et une tenue de graduation.
J'ai pris l'ourson dans mes mains et Grand Blond, avec un immense sourire m'a dit ceci:
"
C'est pour vous, M'amm... J'ai dîné au restaurant et il y avait une machine pour essayer de gagner un toutou. J'ai joué, j'ai gagné. J'ai pensé que ça vous ferait plaisir...."
Émue, j'ai pris le gros jouet, je l'ai juché en haut de ma bibliothèque personnelle, j'ai remercié Grand Blond du fond du coeur et j'ai dit que le bel Ourson Blanc serait notre mascotte pour l'année. Fier de lui et avec un profond et large sourire, le grand colosse est allé s'asseoir. Il a travaillé comme une abeille pendant toute la période....
Ça se passe sans paroles, sans gestes, sans sanction. Ça se passe autrement qu'en surface. Et ça, je ne peux pas l'expliquer. Mais je sais une chose:
C'est gagné, j'en suis certaine...