vendredi, octobre 31, 2008

Parlant de sucre...



Aujourd'hui, nous fêtions l'Halloween avec les élèves. J'étais responsable du comptoir "gâteau". Les responsables de la fête avaient acheté 6 gros gâteaux au chocolat contenant chacun 48 parts. Nous avons coupé les premiers gâteaux, avons rempli des assiettes et avons dressé une belle table pour inviter les élèves de quatrième et de cinquième à venir se servir.

Plusieurs élèves passaient tout droit. Ils regardaient le gâteau avec indifférence.

-Non merci, Madame... Je n'ai pas faim.

Et on se frottait le ventre en démontrant une mimique de dégoût.

Du dégoût devant du gâteau au chocolat tout frais, tout beau....

Les élèves intéressés ont pris un morceau et se sont calmement dirigés vers une place pour manger le sucre tout en conversant avec leurs copains. Les costumes étaient superbes, l'ambiance était à la fête.

Les élèves faisant partie du comité ont voulu bien faire et ont coupé trop de morceaux. Alors, il fallait bien distribuer le tout. Le gâteau était devenu insignifiant, nul, n'ayant aucune valeur pour les beaux personnages masqués ou déguisés de la journée. À la course, une enseignante est allée en 2e pour inviter les plus jeunes à venir manger du gâteau au chocolat. Les petits au large sourire sont arrivés, gênés, et nous leur avons offert une part en toute quiétude, heureux de voir notre table se dégarnir peu à peu.

Donc, sur l'ensemble des élèves de 4e et 5e ( environ 600 élèves) en ajoutant les groupes d'élèves de 2e, je peux faire le constat suivant: la majorité des jeunes n'attribuent aucune valeur au dessert sauf en cas de faim. La majorité considère la bouffe sainement et se sert sans absolument aucune exagération.

Les exceptions: en tant qu'ex-boulimique, je suis très sensible au comportement des jeunes face aux aliments. Donc, j'ai pu remarquer trois attitudes anormales pendant toute la période du lunch, moment pendant lequel je servais le savoureux dessert. Bien entendu, il y a certainement des élèves qui ont refusé le sucre tout simplement parce qu'ils n'avaient pas faim, d'autres parce qu'ils sont programmés à l'association dessert= gros tas. J'aurais probablement fait partie de cette catégorie à l'âge de 15 ans, j'aurais refusé le morceau du moelleux gâteau pour ne pas passer pour la grosse torche qui se gave comme une oie pour ne pas dire le nom d'un autre animal faisant partie de la basse-cour et ayant la queue en tire-bouchon.

C'est fou comme les adolescents m'enseignent de grandes leçons. Cette attitude désabusée devant le g.â.t.e.a.u au c.h.o.c.o.l.a.t...

Trois attitudes anormales: trois garçons.... Non, non, non. Pas des filles. Ce qui me surprend. Je connais très bien deux garçons sur trois. Un de ceux-là s'entraîne au gym depuis quelques années et a comme ambition d'être mannequin. Il a mangé 6 parts de gâteau. Un autre élève qui s'entraîne pour des compétitions de natation est venu se servir au moins 5 fois. Et le dernier que je ne connais pas, un Chinois, a bien mangé 6 à 7 parts. Pendant la danse après, il est resté assis sans bouger, le visage aussi vert qu'un poireau.

Je ne sais pas pour l'Asiatique mais,,, mais,,, je peux deviner les raisons de l'attitude de G. et de E. Trop de privations dans le quotidien. Trop d'exigences contre le naturel des choses. Donc en vivant une fête, on s'empiffre.

L'histoire de ma vie....

Je le vois maintenant. Je ne l'aurais jamais vu avant.

Je ne me prive plus, je ne m'empiffre plus. En arrivant au kiosque des gâteaux au début de l'heure du lunch, j'ai distribué les parts et j'ai gardé une d'entre elles de côté pour moi. Avant, j'aurais mangé deux ou trois parts avant mon dîner car c'était jour de fête. Maintenant, je sais que rien ne presse car je sais que je peux manger du gâteau n'importe quand. Donc, j'ai mis mon morceau de côté et j'ai occupé mon temps à parler avec les élèves et à distribuer leurs morceaux. Après leur heure du lunch, je suis allée manger. J'ai dévoré mon sandwich au poulet en laissant les croûtes de côté car je voulais avoir de la place pour goûter au gâteau. J'avais apporté une salade mais je n'en ai mangé que quelques feuilles puisque le gâteau me plaisait plus. J'ai mangé une part normale de gâteau et ce fut tout pour le reste de la journée. Je n'avais plus faim.

Je n'aurais jamais agi de cette façon avant. J'aurais enfilé 4 ou 5 parts de gâteau, j'aurais dévoré des friandises tout l'après-midi, je serais revenue à la maison avec un mal de coeur, j'aurais continué la débandade au souper et pendant la soirée car,,, car: c'est une FÊTE!!!! Et après, j'aurais presque mis des clous dans mes souliers, question de me culpabiliser au maximum, j'aurais mangé du foin jusqu'à Noël pour ensuite, recommencé l'orgie pendant mes deux semaines du congé de Noël. Avec un résultat de 10 livres en plus sur la balance le 4 janvier. Et la dépression assurée le 15 janvier, jour de mon anniversaire.

Il n'y a plus aucune urgence. Rien ne me manque plus jamais... Et ça, les jeunes me le démontrent très bien. Le gâteau n'est pas plus important que la mine d'un crayon ou bien le mouchoir de papier lorsqu'on a besoin de se moucher.

Donc, je dis à toutes les commissions scolaires de ce monde qui ont décidé de bannir les bonbons à l'Halloween qu'ils font carrément fausse route. Je n'ajoute rien de plus car,,, ça ne sert à rien du tout.

samedi, octobre 25, 2008

En ce samedi d'automne


J'adore cette saison. Elle est ma préférée. Ici, chez moi, c'est de toute beauté. Des tonnes de feuilles, de couleurs, d'odeurs. Le frais, le froid, le bon. Ne me parlez pas de la chaleur de l'été, je n'ai jamais aimé. Je préfère l'automne et ses odeurs. La soupe, les bouillons, les feuilles mortes, le bois, le froid, la sensation de la laine sur la peau, le jaune du soleil, la profondeur que cela crée dans le regard des gens....

Il me semble que ça fait des lunes... Trop de choses à faire... Les marinades et les conserves reposent fièrement dans la chambre froide donc, on peut s'arrêter un peu.

J'ai eu un accident de voiture. Alors que je revenais du travail en passant par le magnifique boulevard Desaulniers de St-Lambert (c'est si beau l'automne), pendant que je chantais une magnifique chanson de Diana Krall, chanson qui vante les mérites du Dairy Queen, j'ai senti un choc foudroyant provenant de l'arrière, ma voiture faisant par la suite un vol plané pour atterrir un peu plus loin. Une jeune fille de 18 ans n'avait tout simplement pas vu mon gros baz noir, cette grosse Honda pourtant aussi bien portante que sa conductrice. Résultat? Mon pare-chocs assez écréanché, 3000$ de dommages, la voiture de la jeunotte en accordéon, son bras blessé par le coussin gonflable, son cou douloureux, son immense culpabilité me garochant mille excuses, La Souimi ébêtée, complètement sonnée par ce choc, les policiers, les ambulanciers, les pompiers etc. Je n'avais rien. On n'en revenait pas du peu de dommages de ma voiture comparativement à ceux de la jeune fille. C'est mon premier accident à vie. À 45 ans, avec 28 ans d'expérience, ce n'est tout de même pas si pire..... Et je n'y suis pour rien, en plus....
Je trouve cela difficile. Je fais souvent un détour pour passer par l'endroit fatidique, pour essayer d'évacuer l'association négative que j'ai maintenant en traversant l'intersection Walnut et Desaulniers. Je regarde constamment dans le rétroviseur au cas.... Ça va passer...

J'écoute présentement Taima. C'est très bon.

Nouvelles des élèves:

Grand Blond se porte assez bien. Autant il peut être parfaitement charmant, autant il peut bougonner et refuser le travail. En dents de scie, le Grand... Il fallait le voir refuser de lire le roman Bille en tête d'Alexandre Jardin.

-Ah ben moé, je n'ai lu qu'un livre au complet dans toute ma vie puis ça, ça a l'air ben plate.

Grand Blond a garoché le bouquin et s'est mis à écrire dans son journal personnel. Bon point. Au moins, il faisait quelque chose...

-C'est correct, tu peux écrire dans ton journal ce matin mais n'oublie pas que tu auras deux projets à remettre et ces derniers sont impossibles à réaliser sans la lecture de Bille en tête.

-Ça a l'air plate, votre affaire. Moé, j'ai aimé juste La piste sauvage puis votre livre, j'le finirai pas.

- Je te dis, Grand Blond, laisse-toi du temps. Tu verras, tu vas aimer ça.

Peine perdue, il est têtu comme une mule.....

À la fin du cours, un élève absolument crevant, mon coup de coeur actuel, un petit T.E.D.(trouble envahissant du développement proche de l'autisme pour ceux qui ne sont pas familiers avec notre jargon) était mort de rire et disait:
- AH!!! Là, j'comprends! Là, j'comprends! J'les comprends, vos élèves de l'an passé, je sais exactement pourquoi ils ont adoré ce livre. Là, j'comprends!!!!!!!
Je lui ai fait un clin d'oeil et il est parti absolument enjoué et satisfait d'avoir compris l'engouement de mes élèves de l'année précédente pour ce bouquin.

(Parenthèse)

Pour ceux qui n'ont pas lu Bille en tête, j'aimerais donner ici quelques informations importantes. C'est le premier roman d'Alexandre Jardin, oeuvre qu'il a écrite à l'âge de 18 ans. L'histoire met en scène un jeune garçon de 16 ans qui tombe en amour avec une femme de 34 ans. C'est écrit dans toute la finesse de l'art de l'auteur, avec cet humour qui le caractérise si bien et ce ramassi d'hyperboles qui captent l'attention du début à la fin.

Le passage gagnant est bien celui des ébats du pauvre petit Virgile, alors qu'il vit son premier moment d'intimité avec cette Clara de 34 ans. Alors qu'elle réagit à ce qui lui arrive en prenant de profondes respirations, Virgile croit dur comme fer que la nymphe a besoin de sa pompe à cause d'une crise d'asthme. Les élèves adorent ce passage.

Le cours suivant, Grand Blond lit et il arrive à ce fameux passage. Je le sais exactement car, alors qu'il est particulièrement sage et intéressé par le petit livre en cette matinée d'automne, je vois se dessiner un petit rictus sur le côté droit de son visage. À mesure qu'il tourne les pages, le rictus se transforme en un rire franc. Les billes bleues se dirigent du livre à La Souimi. Un moment donné, le regard s'agrandit et la mâchoire du Blond atterrit au plancher. Puis il se met à rire et à rire.

Merci, Alexandre Jardin. Votre Virgile-nez-en-l'air aura su convaincre les blonds de ce monde qu'il existe plus qu'un bon livre sur les tablettes. De plus, Virgile a été le meurtrier de ce préjugé si ancré dans les moeurs de jeunes élèves de quatrième secondaire, à savoir que la littérature française est ennuyante, hermétique et endormante. Vive Virgile et ses conquêtes!

samedi, octobre 04, 2008

Le Carrossier

Grand'Pop aux alentours de 1952


La Corolla métamorphosée


J'ai invité mon Pop et ma Mom à souper. L'Grand'Pop et la Grand'Mom pour les intimes. Mon poulet était beaucoup trop épicé. Par contre, le potage à la courge, aux patates douces, au cari et au gingembre n'était pas piqué des vers. Il en est de même pour le pudding aux pommes et au sucre à la crème qui a fait bien des heureux...
Grand'Mom chanterait:

-J'ai mangé, j'ai bien bu, J'ai la peau du ventre bien tendue, Merciiiii,,, petit Jésuuuuus....................................

Une petite heure de Wii Fit a bien réussi à laisser la culpabilité de côté pour plutôt se concentrer sur les défis amusants de cette invention géniale. Ce que j'aime la Wii Fit!

Alors, voici donc que le Grand'Pop nous a annoncé avoir trouvé une nouvelle carrière. Je vous souligne que le principal intéressé a commencé à travailler dans une banque comme caissier à l'âge de 17 ans, ce qui veut dire en 1954, et qu'il a pris sa retraite il y a environ 3 ou 4 ans. Ceci vous donne un aperçu de l'agenda du Grand'Pop. Les finances, la piastre, les budgets, les prêts, la gestion, la direction, les REER, les FEER, la consultation et plus encore....

Mais là, l'Grand-Pop a solennellement dit ceci:

-"J'ai une nouvelle carrière... Une carrière manuelle."

Nous, bien intrigués, sommes allés de supposition en supposition, l'imaginant potier, briqueteur, décorateur, jardinier ou autre.

Eh bien non! Mon Pop a décidé de commencer une nouvelle carrière à 71 ans en tant que carrossier....En effet, le grisou donne une deuxième vie non pas aux visages des femmes ayant de la difficulté à assumer les années, mais bien aux chars.... L'Grand-Pop fait le facial des bazous.... Et avec passion en plus!!!! Adieu rouille, métal branlant, trous et autres, Grand-Pop polit, vernit, adoucit et rend jolie la voiture de la Lady. Parce que oui, c'est sa chérie (la Grand'Mom) qui profitera de la première métamorphose de sa vie.

Sachant que Pop est si passionné et intéressé, je lui ai demandé subtilement de bichonner ma Corolla 1994, ce qu'il fera évidemment avec beaucoup d'enthousiasme. J'ai su que mon neveu, mon adorable Petit Matane âgé de 18 ans et conduisant sa Tercel pour se rendre au cégep, profitera aussi des talents du Grand'Pop pour grimer son bolide.

Non mais, j'trouve cela vachement chouette! C'est vraiment extra de voir son père, ce mec ayant passé la majeure partie de sa vie à travailler dans un bureau austère pour gérer les $$$$ d'une grosse institution bancaire maintenant là, tout frais et détendu à ouvrir ses horizons sur une fenêtre alors jamais explorée encore par lui. Les chars. Les bazous. Le verni. Faire du neuf avec du vieux. C'est génial! Et ce sourire qui vient avec!

Cette semaine, ma vieille Corolla se retrouvera dans son garage pour se refaire une beauté. On me demandait 3000$ au garage du coin. L'Grand'Pop a des honoraires bien différents. ;-) Et nous en sommes que très heureux. Il fera la métamorphose cette semaine car à la fin du mois, il partira au Viêt Nam. Il vivra chez l'habitant là-bas. J'trouve ça beau d'être ainsi à plus de 70 ans...

Qui aurait cru, lorsque j'étais ado et rebelle, que mon matérialiste de borné de père se transformerait, 30 ans plus tard, en un carrossier bohème. Avoir su ça, j'aurais croulé de rire. Pourtant,,,, c'est vrai.....

C'est bien pour dire....