
Aujourd'hui, nous fêtions l'Halloween avec les élèves. J'étais responsable du comptoir "gâteau". Les responsables de la fête avaient acheté 6 gros gâteaux au chocolat contenant chacun 48 parts. Nous avons coupé les premiers gâteaux, avons rempli des assiettes et avons dressé une belle table pour inviter les élèves de quatrième et de cinquième à venir se servir.
Plusieurs élèves passaient tout droit. Ils regardaient le gâteau avec indifférence.
-Non merci, Madame... Je n'ai pas faim.
Et on se frottait le ventre en démontrant une mimique de dégoût.
Du dégoût devant du gâteau au chocolat tout frais, tout beau....
Les élèves intéressés ont pris un morceau et se sont calmement dirigés vers une place pour manger le sucre tout en conversant avec leurs copains. Les costumes étaient superbes, l'ambiance était à la fête.
Les élèves faisant partie du comité ont voulu bien faire et ont coupé trop de morceaux. Alors, il fallait bien distribuer le tout. Le gâteau était devenu insignifiant, nul, n'ayant aucune valeur pour les beaux personnages masqués ou déguisés de la journée. À la course, une enseignante est allée en 2e pour inviter les plus jeunes à venir manger du gâteau au chocolat. Les petits au large sourire sont arrivés, gênés, et nous leur avons offert une part en toute quiétude, heureux de voir notre table se dégarnir peu à peu.
Donc, sur l'ensemble des élèves de 4e et 5e ( environ 600 élèves) en ajoutant les groupes d'élèves de 2e, je peux faire le constat suivant: la majorité des jeunes n'attribuent aucune valeur au dessert sauf en cas de faim. La majorité considère la bouffe sainement et se sert sans absolument aucune exagération.
Les exceptions: en tant qu'ex-boulimique, je suis très sensible au comportement des jeunes face aux aliments. Donc, j'ai pu remarquer trois attitudes anormales pendant toute la période du lunch, moment pendant lequel je servais le savoureux dessert. Bien entendu, il y a certainement des élèves qui ont refusé le sucre tout simplement parce qu'ils n'avaient pas faim, d'autres parce qu'ils sont programmés à l'association dessert= gros tas. J'aurais probablement fait partie de cette catégorie à l'âge de 15 ans, j'aurais refusé le morceau du moelleux gâteau pour ne pas passer pour la grosse torche qui se gave comme une oie pour ne pas dire le nom d'un autre animal faisant partie de la basse-cour et ayant la queue en tire-bouchon.
C'est fou comme les adolescents m'enseignent de grandes leçons. Cette attitude désabusée devant le g.â.t.e.a.u au c.h.o.c.o.l.a.t...
Trois attitudes anormales: trois garçons.... Non, non, non. Pas des filles. Ce qui me surprend. Je connais très bien deux garçons sur trois. Un de ceux-là s'entraîne au gym depuis quelques années et a comme ambition d'être mannequin. Il a mangé 6 parts de gâteau. Un autre élève qui s'entraîne pour des compétitions de natation est venu se servir au moins 5 fois. Et le dernier que je ne connais pas, un Chinois, a bien mangé 6 à 7 parts. Pendant la danse après, il est resté assis sans bouger, le visage aussi vert qu'un poireau.
Je ne sais pas pour l'Asiatique mais,,, mais,,, je peux deviner les raisons de l'attitude de G. et de E. Trop de privations dans le quotidien. Trop d'exigences contre le naturel des choses. Donc en vivant une fête, on s'empiffre.
L'histoire de ma vie....
Je le vois maintenant. Je ne l'aurais jamais vu avant.
Je ne me prive plus, je ne m'empiffre plus. En arrivant au kiosque des gâteaux au début de l'heure du lunch, j'ai distribué les parts et j'ai gardé une d'entre elles de côté pour moi. Avant, j'aurais mangé deux ou trois parts avant mon dîner car c'était jour de fête. Maintenant, je sais que rien ne presse car je sais que je peux manger du gâteau n'importe quand. Donc, j'ai mis mon morceau de côté et j'ai occupé mon temps à parler avec les élèves et à distribuer leurs morceaux. Après leur heure du lunch, je suis allée manger. J'ai dévoré mon sandwich au poulet en laissant les croûtes de côté car je voulais avoir de la place pour goûter au gâteau. J'avais apporté une salade mais je n'en ai mangé que quelques feuilles puisque le gâteau me plaisait plus. J'ai mangé une part normale de gâteau et ce fut tout pour le reste de la journée. Je n'avais plus faim.
Je n'aurais jamais agi de cette façon avant. J'aurais enfilé 4 ou 5 parts de gâteau, j'aurais dévoré des friandises tout l'après-midi, je serais revenue à la maison avec un mal de coeur, j'aurais continué la débandade au souper et pendant la soirée car,,, car: c'est une FÊTE!!!! Et après, j'aurais presque mis des clous dans mes souliers, question de me culpabiliser au maximum, j'aurais mangé du foin jusqu'à Noël pour ensuite, recommencé l'orgie pendant mes deux semaines du congé de Noël. Avec un résultat de 10 livres en plus sur la balance le 4 janvier. Et la dépression assurée le 15 janvier, jour de mon anniversaire.
Il n'y a plus aucune urgence. Rien ne me manque plus jamais... Et ça, les jeunes me le démontrent très bien. Le gâteau n'est pas plus important que la mine d'un crayon ou bien le mouchoir de papier lorsqu'on a besoin de se moucher.
Donc, je dis à toutes les commissions scolaires de ce monde qui ont décidé de bannir les bonbons à l'Halloween qu'ils font carrément fausse route. Je n'ajoute rien de plus car,,, ça ne sert à rien du tout.



